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  • Le goût du rouge à lèvres (15, à suivre)

     Le goût du rouge à lèvres de Hank Vogel.jpgLa miss s’installe timidement à ma petite table de cuisine où deux verres pourtant propres semblent être posés depuis une éternité.  

     Quant à moi, une envie folle de paraître un être exceptionnel me chatouille brusquement le cerceau.

     Alors! Alors? 

     Allègrement, je sors de mon placard à réserve une bouteille de Gamay, élevé en fût de chêne et baptisé La Révolution, et, avec tout l’art qui s’impose, bien qu’à ma manière, je l’ouvre. C’est-à-dire: avec un tir-bouchon sommelier, muni d’une lame pour couper la capsule métallique.  

     Une fois ouverte, je renifle le bouchon afin de vérifier que celui-ci ne dégage pas une odeur de moisi et je tire aussitôt une grimace mitigée pour inquiéter faussement mon invitée. 

     Puis je verse un peu de vin dans le verre qui m'est destiné et j’entame silencieusement et d’un air profondément soucieux les  trois étapes de la dégustation. Avec la complicité individuelle de mes yeux, de mon nez et de ma bouche, bien entendu

     Un son très aigu, se rapprochant à la plus banale des conjonctions de coordination mais à la mode interrogative, sort du fin fond presque des entrailles de Marie,  au terme de ce spectacle digne d’un soi-disant grand connaisseur.

     - Et… quoi? Je lui demande.

     - Je n’ai pas dit ça, me répond-t-elle.

     - Quoi alors?

     - J’attends votre verbalisation.

     - C’est-à-dire? 

     - Le résultat de votre analyse ou de votre enquête. Cela dépend de vos penchants intellectuels.

     - Je vois, je vois, je vois…

      - Ça vient ou merde? S’exclame-t-elle… Car j’ai soif.

     Et, étrangement nullement choqué, en remplissant les deux verres, je me presse de lui expliquer:

     - Lorsque l’on se trouve tout à coup face à une telle saveur gastronomique, la tête s’enflamme et la mémoire s’envole là où le langage n’a plus raison d’être… Buvons donc à notre santé et à l’avenir d’une prochaine et prolifique révolution.