Après avoir choisi les pâtisseries et les boissons et à peine installés, voilà que le portable de Madame Sidneva, qu’elle tient dans sa main gauche depuis le début de notre rencontre, se met à sonner.
La psy se lève d’un bond et répond.
Des oui et des non à profusion sortent de sa bouche.
Anastasia et moi, nous nous sourions mutuellement.
Est-ce la première des complicités parmi tant d’autres? je me demande.
Tout-à-coup, la mère dit à sa fille, tout en gardant son smartphone collé à son oreille droite:
- Désolée bébé, on me réclame à la clinique. Paie la note, c’est l’année de la femme, je te rembourserai.
Puis elle s’adresse à moi, après un discret clin d’œil:
- Quant à vous l’acteur, pas de proposition à la Harvey de mes deux. On n’est pas à Hollywood ici. Je compte sur vous.
Et elle quitte l’établissement en courant.
Suite à ce départ précipité digne d’une doctoresse engagée, Anastasia me raconte avec un sourire au bout des lèvres:
- Quand la chatte à la pâte d’acier dans un faux gant de velours n’est plus là, la chatonne soi-disant casanière s’apprête à pisser partout, hors de chez elle.
- Je ne vous suis pas, dis-je.
- Deviner dans ce cas.
- Comment?
- Comme... comme un télépathe par exemple.
- En somme, c’est un peu l’histoire de l’arroseur arrosé.
- Mais verbalement!... Par votre faute et non la mienne.
- Et qu’auriez-vous fait à ma place?
- En tant que véritable acteur de cinéma, j’aurais joué au con. Malgré qu’à un moment donné, j’ai failli vous croire à fond. Mais!
- Mais quoi?
- Les bizarroïdes clins d’œil de ma chère Maman m’ont mis la puce à mes deux esgourdes. Que voulez-vous, les scientifiques sont de mauvais comédiens. Sauf quand ils mentent. Par contre...
Soudainement, son explication est interrompue par l’arrivée de la serveuse avec notre commande.
- Cela te permet de recharger ton vieux fusil tout esquinté, me soufflerait ma concierge Rita...