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Hannah Martin (14, à suivre)

 Hannah Martin de Hank Vogel.jpgMa mère me regarde avec inquiétude puis me demande:

 - Que t’est-il arrivé, Bébé? Tu as une mine à faire fuir le diable...

 - C’est normal, même lui est au courant que tu nous empoisonne.

 - Que veux-tu dire par là?

 - Rien, je plaisantais... Je pensais à autre chose.

 - A quoi?

 - A un diapason.

 - Pourquoi, tu souhaites te lancer dans la chanson maintenant?

 - Non, c’est pour accorder mes violons.

 - Mais tu n’en possède aucun...

 - Ne cherche pas à comprendre, c’est une expression. Ça ne te concerne pas. C’est à cause... 

 - Ça concerne qui?

 - Personne.

 - Ou tu avances un pion ou tu ne joues pas. C’est notre devise, à Papa et à moi... Alors?

 - ...

 - Le silence est d’or, c’est pourquoi on le convoite toujours.

 - C’est de toi ça?

 - Non, de ma grande frangine.

 - Depuis quand tu as une sœur?

 - Elle est morte quarante jours avant ta naissance. Son corps reposerait dans un cimetière à El Alamein à l’ouest d’Alexandrie, d’après les dernières nouvelles, vraies ou fausses...

 - Pourquoi tu ne m’as jamais parlé d’elle?

 - Je t’en parle aujourd’hui.

 - Pourquoi pas avant?

 - Parce qu’avant c’était tabou.

 - Plus aujourd’hui?

 - Que veux-tu, les temps finissent par  changer à la longue... 

 - Et Papa était au courant de cette embrouille?

 - C’est lui qui en avait décidé ainsi. Mais ce n’était pas une embrouille... C’était plus qu’une nécessité.  A l’époque, bien entendu.

 - Pour quelles raisons?

 - Elles étaient multiples et archi décourageantes auparavant. Plus maintenant...

 - Et du jour au lendemain, tu essaies de me faire croire que le tombeau de Néfertiti, jamais découvert, est ouverte au public...  Travailler pour un journal à sensation te conviendrait à merveille...

 Et, en moins de deux, je reçois une gifle en pleine figure.

 Je reste pantois durant un sacré bout de temps. Du jamais-vécu dans toute mon existence.

 Mais aussitôt après cet état de surprise surprenant en quelque sorte, je m’exclame en souriant malgré moi, allez savoir pourquoi:

 - Eh bien, pour un première, c’en est une!... Bien que cela m’a rappelé deux épisodes de ma vie: la baffe de mon premier amour et le jour où tu m’a ligoté quand j’avais dix ans...

 - Désolée, c’était plus qu’une erreur, regrette ma génitrice. Mais certains de  tes  caprices me rendaient  vraiment folle... Au fait, comment s’appelle la jeune femme qui   remplace parfois notre boniche à tous?

 - Qui ça?

 - Notre concierge, Madame Andersen.

 - Son et non pas sen.

 - Tu me l’a déjà précisé, Bon Dieu!

 - Alors, tâche de t’en souvenir une fois pour toutes...

  - C’est bon, c’est bon! Tu ne vas pas en faire tout un fromage?

 - Non, bien sûr, mais Ursula mérite tous nos respects...

 - OK, OK! Comment s’appelle-t-elle?

 - Hannah Martin... mais je doute fort.

 - Comme les montres?

 - Pile!

 Et voilà que ma chère mère me joue la scène qu’Hannah. Soit:

 Elle ferme les yeux et m’avoue après une longue hésitation, tout en gardant ceux-ci fermés:

 - J’ai honte finalement. Honte de moi. Une fois de plus, j’ai raté quelque chose.

 Et de nouveau, je reste pantois. Mais cette fois-ci pour un court instant.

 Je secoue alors ma chère maman et je lui dis, tout ému:

 - Je viens de vivre un moment quasi identique ou parallèle à un autre, si l’on peut le nommer ainsi. S’agit-il d’un pur hasard ou d’un message fabriqué par le Ciel, Dieu ou mon ange gardien?

 - Tu es croyant maintenant, fiston? s’étonne-t-elle.

 - Dieu est un farceur pudique qui a crée l’univers composé d’une infinité d’étoiles afin que l’homme ne puisse pas le démasquer.

 - Mais toi tu a pu, n’est-ce pas?

 - Tout de même! Mais j’ai compris une chose... 

 - Asseyons-nous d’abord... car mes jambes commencent à flancher.

 - Tu as raison. Mieux vaut prévenir que guérir.

 Et nous nous installons rapidement à table. Non pas par besoin physique mais plutôt par stabilité mentale. Car la curiosité est la mère de toutes vertus  dans ce cas-là, quand la fiction dépasse la réalité forcément....

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