Ma mère me regarde avec inquiétude puis me demande:
- Que t’est-il arrivé, Bébé? Tu as une mine à faire fuir le diable...
- C’est normal, même lui est au courant que tu nous empoisonne.
- Que veux-tu dire par là?
- Rien, je plaisantais... Je pensais à autre chose.
- A quoi?
- A un diapason.
- Pourquoi, tu souhaites te lancer dans la chanson maintenant?
- Non, c’est pour accorder mes violons.
- Mais tu n’en possède aucun...
- Ne cherche pas à comprendre, c’est une expression. Ça ne te concerne pas. C’est à cause...
- Ça concerne qui?
- Personne.
- Ou tu avances un pion ou tu ne joues pas. C’est notre devise, à Papa et à moi... Alors?
- ...
- Le silence est d’or, c’est pourquoi on le convoite toujours.
- C’est de toi ça?
- Non, de ma grande frangine.
- Depuis quand tu as une sœur?
- Elle est morte quarante jours avant ta naissance. Son corps reposerait dans un cimetière à El Alamein à l’ouest d’Alexandrie, d’après les dernières nouvelles, vraies ou fausses...
- Pourquoi tu ne m’as jamais parlé d’elle?
- Je t’en parle aujourd’hui.
- Pourquoi pas avant?
- Parce qu’avant c’était tabou.
- Plus aujourd’hui?
- Que veux-tu, les temps finissent par changer à la longue...
- Et Papa était au courant de cette embrouille?
- C’est lui qui en avait décidé ainsi. Mais ce n’était pas une embrouille... C’était plus qu’une nécessité. A l’époque, bien entendu.
- Pour quelles raisons?
- Elles étaient multiples et archi décourageantes auparavant. Plus maintenant...
- Et du jour au lendemain, tu essaies de me faire croire que le tombeau de Néfertiti, jamais découvert, est ouverte au public... Travailler pour un journal à sensation te conviendrait à merveille...
Et, en moins de deux, je reçois une gifle en pleine figure.
Je reste pantois durant un sacré bout de temps. Du jamais-vécu dans toute mon existence.
Mais aussitôt après cet état de surprise surprenant en quelque sorte, je m’exclame en souriant malgré moi, allez savoir pourquoi:
- Eh bien, pour un première, c’en est une!... Bien que cela m’a rappelé deux épisodes de ma vie: la baffe de mon premier amour et le jour où tu m’a ligoté quand j’avais dix ans...
- Désolée, c’était plus qu’une erreur, regrette ma génitrice. Mais certains de tes caprices me rendaient vraiment folle... Au fait, comment s’appelle la jeune femme qui remplace parfois notre boniche à tous?
- Qui ça?
- Notre concierge, Madame Andersen.
- Son et non pas sen.
- Tu me l’a déjà précisé, Bon Dieu!
- Alors, tâche de t’en souvenir une fois pour toutes...
- C’est bon, c’est bon! Tu ne vas pas en faire tout un fromage?
- Non, bien sûr, mais Ursula mérite tous nos respects...
- OK, OK! Comment s’appelle-t-elle?
- Hannah Martin... mais je doute fort.
- Comme les montres?
- Pile!
Et voilà que ma chère mère me joue la scène qu’Hannah. Soit:
Elle ferme les yeux et m’avoue après une longue hésitation, tout en gardant ceux-ci fermés:
- J’ai honte finalement. Honte de moi. Une fois de plus, j’ai raté quelque chose.
Et de nouveau, je reste pantois. Mais cette fois-ci pour un court instant.
Je secoue alors ma chère maman et je lui dis, tout ému:
- Je viens de vivre un moment quasi identique ou parallèle à un autre, si l’on peut le nommer ainsi. S’agit-il d’un pur hasard ou d’un message fabriqué par le Ciel, Dieu ou mon ange gardien?
- Tu es croyant maintenant, fiston? s’étonne-t-elle.
- Dieu est un farceur pudique qui a crée l’univers composé d’une infinité d’étoiles afin que l’homme ne puisse pas le démasquer.
- Mais toi tu a pu, n’est-ce pas?
- Tout de même! Mais j’ai compris une chose...
- Asseyons-nous d’abord... car mes jambes commencent à flancher.
- Tu as raison. Mieux vaut prévenir que guérir.
Et nous nous installons rapidement à table. Non pas par besoin physique mais plutôt par stabilité mentale. Car la curiosité est la mère de toutes vertus dans ce cas-là, quand la fiction dépasse la réalité forcément....