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Le goût du rouge à lèvres (16, à suivre)

 Le goût du rouge à lèvres-couv.jpgAprès des déclarations sublimes  et des mimiques de toutes parts à faire tomber les chaussettes et ce pour exalter le goût incroyable de ce millésime, penserait Double Z, et après avoir avalé plusieurs gorgées forcément, Marie me demande, à moitié pompette:

 - Tu fais ça avec toutes les filles avant de les sauter?... Au fait, tu ne voulez pas avoir une conversation sérieuse avec moi?... Si c’est oui, alors c’est raté... C’était à quel sujet?

 - En effet, en effet! je lui réponds dans le même état qu’elle ou presque... Le mot que tu viens de prononcer me semble un peu exagéré. Ça me rappelle le langage de ceux qui se ne se prennent pas pour la queue d’une poire.

 - Comme qui?

 - Nos profs ou nos chefs.

 - Je te comprends maintenant et ça me rassure. Plus ou moins. 

 - Pas avant?... Je te faisais peur?

 - Les inconnus toujours.

 - Pourtant, tu n’a pas hésité à accepter mon invitation.

 - C’est à cause de ma curiosité... qui est au-delà de la moyenne te soufflerait à l’oreille l’inspecteur van Gutebein.

 - Je ne connais pas. C’est qui?

 - Mon père.

 - Tu est hollandaise?

 - Par le van seulement... et allemande pour tout le reste.

 - J’ai du mal à saisir... C’est aussi à cause de quelque chose?

 - Évidemment!... Rien ne vient par hasard, même les plus idiotes plaisanteries qui causent souvent de sacrés dégâts.

 - Je ne te suis pas.

 - Mon père a changé le von en van en fuyant l’Allemagne à la période du nazisme.

 - Et?

 - Non pas et mais mais!

 - OK! Et quoi?

 - Vu ton nom très germanique, tu dois certainement connaître aussi l’allemand, n’est-ce pas? 

 - Quelle mémoire!
 
 - Tu n’as pas répondu à ma question.

 - Comme la plupart des Suisses toto qui ont passé leur adolescence et leur jeunesse dans ce canton romand.
 
 - C’est-à-dire?

 - Très mal.

 - Même si je te disais Gute bein?

 Je réfléchis un bref instant puis je murmure:

 - Gute... bonne... bein... je ne vois pas.

 - De belles jambes, bordel! crie-t-elle.

 Je sursaute aussitôt en renversant presque mon verre.

 - Toutes mes excuses! marmonne-t-elle.

 Puis après une étrange grimace suivie d’un bizaroïde sourire, elle m’explique:

 - Dès que je prononce nom de famille, la plupart des Boches sont prêts à me proposer une partie de jambe en l’air.

 - Eux seulement?
 - Où veux-tu en venir?

 - Au jeune médecin qui t’a traité de fan de sœur Thérèse, en quelque sorte...

 - Quel con, celui-ci!... Il a essayé de me violer, malgré les avertissements... Passons outre! Et toi alors?

 - Moi quoi?

 - Cette fameuse conversation... Quel est ce casse-tête qui te ronge l’esprit?

 - Le goût du rouge à lèvres. Ou plutôt d’un rouge à lèvres bien particulier.

 - Et?

 - Puis-je te poser une question indiscrète?

 - Oui mais, à condition qu’elle ne le soit pas trop...

 - Mais avant ça, acceptes-tu je te raconte un rêve étrange de soumission où j’ai embrassé une statue aux yeux bleus?

 - Je veux bien.

 Et je lui relate tout ce que ma mémoire a pu enregistrer ce jour-là...

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