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Deux mille vingt-deux (37, à suivre)

 Deux mille vingt-deux de Hank Vogel.jpgLe vieux couple se regarde et s’interroge de nouveau ou plutôt follement à nouveau. C’est-à-dire: d’une extrême intensité. A effrayer tous les dieux de l’olympe, illustrerait celle qui succéda à ma nounou créole.

 Tout à coup et tout d’un coup, le visage de ma mère devient tout pâle. 

 Blanc comme la craie, dirait plutôt celle que les esclavagistes ont toujours interdit d’aller à l’école malgré ses hautes capacités intellectuelles et ses nombreuses requêtes. Vous imaginez de qui il s’agit, n’est-ce pas? 

 - Une fausse couche est une cicatrice qui ne se referme jamais, dis-je en pensant à  la phrase interrogative et énigmatique de mon père. Soit: l’idée d’un accouchement encore plus abracadabrant?... Pour celles qui sont conscientes qu’elles sont enceintes, bien entendu.  

 Une fois sa pâleur disparue, et ses esprits retrouvés probablement, ma mère m’explique curieusement:

 - Non, Dieu ne m’a pas fait subir un tel supplice... ce sont des hommes et des femmes de très mauvaise moralité qui m’ont meurtri... Ils ont fait disparaître la chair de ma chair...

 - Disparaitre?  

 - Parfaitement! Odieusement! Sans le moindre scrupule, ils ont volé ta petite sœur deux jours après sa naissance. Avec la complicité du personnel hospitalier...

 Je n’en crois pas mes oreilles.

 Mais bien vite, je me pose drôlement la double question suivante: 

 Adore-t-elle aussi les séries concernant les disparitions d’enfants et, de ce fait, prend-t-elle sa vessie flétrie pour une lanterne magique?

 Alors, je me lève brusquement et je vocifère:

 - L’opium du peuple, ce n’est plus la religion mais la télé. 

 Puis je murmure:

  - Bourge un jour, bourge toujours. 

 Alors, alors! Alors?

 Mon père se lève à son tour, mais nonchalamment, s’approche de moi gentiment et, de but en blanc, me balance une gifle magistrale.

 Et je tombe raide mort...   

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