Je décroche le téléphone et je compose le numéro que Marie m’a soufflé à l’oreille droite. Heureusement à celle-ci vu que l’autre est presque hors circuit suite à un pétard du 1er Août.
Après trois longues sonneries, une voix fluette se presse de m’annoncer:
- Soyez bref ou brève s’il vous plaît car j’ai la grippe.
- Désolé pour le dérangement... C’est vous Isabelle?
- Oui mais à moitié groggy.
- Moi, c’est...
- Pas la peine, je sais qui vous êtes.
- Comment le savez-vous?
- Par votre voix.
- Qu’a-t-elle de si remarquable ou plutôt de si particulier?...
- Non, elle est vraiment remarquable surtout quand vous gémissez.
Un long silence s’installe entre nous. Chargé d’inquiétude et d’une multitude d’interrogations, de ma part.
- Vous êtes-vous là? me demande-t-elle au bout de ce creux relationnel.
- Oui, je suis là, je lui réponds sèchement.
- Pardon, je croyais que vous étiez différent des... non, rien. Quel est le but de cet appel?
- J’aimerais avoir une conversation sérieuse avec vous. A titre personnel et non pas professionnel.
- Où ça?
- Où vous voulez... Même à l’hôpital si vous le souhaitez, question de sécurité...
- Oh non! Surtout pas là où j’ai failli me faire violer trois jours avant votre fuite... et..
- Et?
- J’ai l’intention de ne plus jamais y retourner.
- OK, OK... Au café où travaille votre sœur, ça vous conviendrait? Ce n’est pas loin de chez moi.
- Où habitez-vous?
- Au rez-de-chaussée du numéro un de la rue Alberto-Giacometti.
- Mais c’est une blague!
- Pourquoi dites-vous ça?
- Parce que mon appart n’est pas loin.
- On fait quoi alors?
- J’arrive illico presto... Je crois ma fièvre est tombée...