A peine sorti de mon immeuble, bien qu’appartenant à la Caisse de pension d’une organisation humanitaire dont je n’ose citer son nom, et voilà que je tombe nez à nez avec à Rose-Marie, mon premier amour, qui me demande aussitôt toute perplexe:
- Que fais-tu là tout endimanché? On dirait que tu sors tout droit d’une église.
- Non, c’est tout le contraire, je lui réponds, un peu mal à l’aise.
- Comment ça? À cette heure-ci? Je croyais que tu étais un athée convaincu… non?
- Si mais plus maintenant.
- Depuis quand?
- Depuis hier?
- À cause de quoi ou grâce à qui?
- Je n’en sais rien.
- Tu n’en sais rien ou tu refuses de m’en dire davantage?
- C’est ça!
- Ça quoi?
- C’est personnel.
- Je vois… Tu as gagné à la loterie, n’est-ce pas?
Merde, me dis-je, elle devine tout cette conne… Que dois-je lui répondre? Mentir en ce moment mettrait sûrement mon Père Céleste en colère.
- Tu as gagné à la loterie? Répète-t-elle.
Tant pis, désobéis à l’intelligence artificielle, me conseille ma conscience. La chance est peut-être encore à tes côtés.
Et je lui avoue:
- C’est ça, je suis le grand gagnant de cette semaine… Ça te va comme ça?
Rose-Marie me toise un bref instant puis elle me dit avec dédain:
- Tu mens comme tu respires, c’est pour cela que je t’ai quitté… Tu t’en souviens?
Et je réagis:
- C’est faux! C’est moi qui t’ai quitté parce que tu voulais que je sois constamment un livre ouvert, uniquement pour toi. Mais… mais…
- Mais?
- Mais aussitôt le livre ouvert, aussitôt tu le refermais comme… comme…
- Comme?
- À toi d’imaginer le premier chapitre… Désolé! Mais Dieu, la Madone et le cycliste m’attendent.
Ceci-dit, je prends congé d’elle et la miss reste pantoise...