Sachant par la presse locale que les cultes ont lieu entre 9h30 et 10h30 et que les commérages des fous de Dieu ne durent jamais plus d’une heure, par sécurité, vers midi moins le quart seulement, j’entre dans le fameux temple de prédilection, en quelque sorte, et je me sens aussitôt envahi par un bien-être jamais ressenti de toute ma vie.
Mais trois secondes plus tard, mes narines se mettent à vibrer.
C’est quoi pour une odeur? je me demande.
- Ça pue le pet, je murmure.
- Cela ne m’étonne pas, je poursuis en parlant normalement et en regardant le plafond, les paroissiens ont souvent du mal à digérer certains serments.
Un toussotement me fait sursauter.
Et que vois-je à dix mètres devant moi? Un bonhomme barbu serrant un gourdin dans une main et un spray dans l’autre.
- A quoi vous jouez? je lui demande tout affolé.
- Je ne joue pas, je vaporise! m’explique l’énergumène... C’est toi qui a balancé la boule puante?
- Pourquoi j’aurais fait ça?
- Es-tu juif ou musulman?
- Ni l’un ni l’autre... Quel rapport?
- Ils veulent que le christianisme disparaisse à jamais.
- Ah les salauds!
- Auxquels tu penses en premier?...
- ...
- Attention, l’ordre a une énorme importance ici bas!
- Je ne te suis.
- Si tu accuses les juifs ou un juif, tu seras jugé et condamné sans aucun doute pour anti-sémitisme aggravé. Par contre, si tu accuses les musulmans ou un musulman, tu as une forte chance ne pas aller en tôle par les temps qui courent... Donc selon toi?
- Ni les uns ni les autres.
- Qui alors?
- Un communiste ou nazi athée peut-être.
- Jamais de la vie!
- Qu’est-ce qui te fait dire ça?
- Ils aurait déjà tout brûlé, les sagouins. Et la chaire serait en poussière.
- Tu as raison, camarade... Je partage tes soupçons mais je refuse de tomber dans ton piège.
- Mon piège?
- Le tien ou celui de ton pasteur.
- Mais je suis le pasteur!
- Merde alors!
- Tu ne me crois pas?
- Si... et...
- Non?
- C’est exact!
- Pourquoi?
- Et si l’on se concentrait plutôt sur la puanteur qui émane de ce bâtiment...
- Église tu veux dire?
- C’est ça, bien sûr!
- Alors?
- Selon moi, en tant qu’ancien employé d’un laboratoire de parfumerie, l’odeur d’une multiplication de pets serait plus adéquat...
- A cause?
- De la répétition de tes serments.
- Tu le penses vraiment?
- Dès mon entrée.
- Dans ce cas, je vais me mettre sur la touche.
Et il prend la fuite.
Une fois seul et bien seul, je crie de toutes mes forces:
- Mille mercis à qui de droit...