Et me voici au siège de la loterie.
Après les salamalecs habituels, d’un part et d’autre forcément, moralité oblige dans ce pays considéré civilisé, le guichetier me dit:
- Si c’est pour un petit gain, vous pouvez l’encaisser dans n’importe lequel de nos kiosques et il y en a des centaines dans cette ville.
- Non, c’est pour le gros lot que je suis ici, je lui explique, d’un ton sec.
L’homme me dévisage durant un laps de temps, me mettant ainsi mal à l’aise.
Du coup, pour sortir de cette torpeur, je lui demande en me grattant la tête:
- C’est à cause de mes lunettes de motard que vous m’avez regardé de travers?
- Mais pas du tout, me répond-il, en bafouillant… c’est que d’habitude les gagnants ont une toute autre allure et un tout autre comportement.
- Comment?
- …
- Ils sont souriants et habillés à quatre épingles, n’est-ce pas?
- La plupart, en quelque sorte…
- Malheureusement pour vous, je ne fais pas partie de cette catégorie mais… mais…
- Mais?
- Cela ne vous regarde pas.
Mon donateur-intermédiaire présumé sourit.
- À laquelle, selon vous? Je m’inquiète alors à haute voix.
- Selon tout le monde, corrige-t-il.
- C’est-à-dire?
- La métamorphose est déjà en pleine action… Mais venons au fait! Où est donc la preuve dont vous êtes l’exception qui confirme la règle.
- Je ne vous suis pas.
- Votre billet de loterie, bon sang! Crie-t-il...